Barry J. Marshall, prix noble et « fou de sciences », tombé amoureux de la langue chinoise

[Source]    Le Quotidien de Xiamen [Time]    2014-12-17 13:02:11 
 

A la surprise de tous, Barry J. Marshall, lauréat du Prix Nobel de physiologie et de médecine, a prononcé un discours pendant la 9e Conférence des Instituts Confucius du monde. Non sur la bactérie Helicobacter pylori dont la découverte lui a valu le Prix Nobel de 2005, mais sur la langue chinoise : à soixante-trois ans, il est actuellement élève de l’Institut Confucius de l’Université d’Australie-Occidentale.

Barry a raconté son histoire en un chinois relativement courant. Pour reprendre ses mots, s’il a décidé d’apprendre le chinois, c’est parce qu’il avait failli être traité de trafiquant d’êtres humains en Chine. Son discours a été plusieurs fois interrompu par des éclats de rire et des applaudissements.

1. Sa motivation : il a failli être traité de trafiquant d’êtres humains en Chine

Barry a été récompensé par le Prix Nobel pour avoir prouvé que la bactérie Helicobacter pylori est la cause des gastrites et des ulcères d’estomac, mettant fin à l’opinion générale qui affirmait que les ulcères digestifs étaient causées par le stress et un excès d’acidité et qui refusait à croire que les bactéries puissent survivre dans l’acide gastrique.

C’est d’ailleurs grâce à H. pylori que Barry a eu plusieurs d’occasion de se rendre en Chine, où la moitié de la population est atteinte de cette bactérie. Ce fut certes le début de son voyage dans la langue chinoise, mais ce qui l’a finalement décidé à apprendre le chinois, c’est l’aventure qu’il avait vécue à Guilin en 1995.

Un jour de l’année 1995, Barry voyage sur le fleuve Li avec Monsieur Chen, un médecin local accompagné de son jeune fils. Quand leur radeau a accosté, Monsieur Chen part chercher sa voiture stationnée dans un parking assez éloigné, confiant son fils aux soins de Barry. Quelques minutes plus tard, à la grande surprise de Barry, le garçon se mit à pleurer et à crier : « Où est mon papa ? Je veux mon papa ! » Barry est désemparé : ne connaissant pas le chinois, il ne sait pas comment calmer l’enfant. L’enfant pleure de plus belle et les passants commencent à dévisager Barry d’un regard soupçonneux : il y a déjà eu à cette époque plusieurs cas d’adoption illégale d’orphelins chinois par des étrangers. Si tout le monde le fusille du regard, pense Barry, c’est qu’on l’a probablement pris pour un trafiquant d’enfants.

« Figurez-vous : un étranger avec un enfant chinois qui pleure et crie dans ses bras. C’est louche tout de même ! », a dit Barry hier, l’air impuissant. A peine avait-t-il terminé cette phrase que le public a éclaté de rire. C’est depuis ce voyage à Guilin, a ajouté Barry, qu’il avait décidé d’apprendre le chinois.

2. Son objectif : être plus fort que les autres

Bien que nobélisé, Barry ne se sent pas très sûr sur le terrain de la langue chinoise : il a toujours peur de se faire dépasser par les autres.

Il a commencé à apprendre le chinois tout seul. S’il est devenu plus tard élève de l’Institut Confucius de l’Université d’Australie-Occidentale, c’est parce qu’il a été surpris par le niveau de chinois d’un de ses confrères : celui-ci apprenait le chinois depuis un moment à l’Institut Confucius et savait déjà parler couramment le chinois.

Lu Kewen (Kevin•Michael•Rudd), l’ex-premier ministre de l’Australie, qui apprend le chinois depuis dix ans déjà, est aussi un exemple à suivre pour Barry. Après avoir écouté son discours diplomatique prononcé en chinois, l’envie de maîtriser le chinois est devenue pour Barry plus qu’inébranlable. C’est ainsi qu’il s’est rendu à l’Institut Confucius de l’Université d’Australie-Occidentale.

L’enseignement systématique de l’Institut Confucius a permis à Barry de faire des progrès surprenants. La deuxième fois qu’il est venu en Chine, il découvre qu’il comprend déjà l’annonce en mandarin de l’embarquement, prononcée à l’aéroport par une voix si douce ! Depuis, les voyages en Chine deviennent de plus en plus attirants pour lui.

Mais cette joie ne fut que de courte durée : peu après, il se retrouve avec un nouveau camarade de classe à l’Institut Confucius, qui n’est personne d’autre que le président de l’Université d’Australie-Occidentale. En plus, ce nouvel élève est très studieux et son niveau de chinois progresse à une vitesse tout aussi surprenante. « Je suis très stressé maintenant, a dit Barry hier. Je ne veux pas qu’il me dépasse ! »

3. Ses méthodes : regarder des films chinois et chanter des chansons chinoises

Dans son discours, Barry a résumé aussi ses méthodes d’études du chinois. Pour lui, apprendre le chinois, c’est d’abord apprendre les caractères chinois et ensuite les grouper. « Le chinois est plus logique que l’anglais, c’est probablement lié à la civilisation chinoise ».

Barry a essayé de nombreuses méthodes d’apprentissage. Par exemple : regarder des films chinois. Le seul bémol, c’est que « le sous-titrage en anglais déroule trop vite ! »

Il est d’avis aussi qu’il faut s’isoler de temps en temps pour bien maîtriser le chinois, c’est-à-dire, se couper du monde pendant deux semaines pour faire une immersion complète dans la langue chinoise.

Il profite aussi des séances de karaoké pour apprendre le chinois. Une fois, pendant un colloque organisé en Chine, ses collègues chinois l’ont invité dans un karaoké. Ils ont chanté ensemble « Country road, take me home », la célèbre chanson folklorique américaine. Il a appris par la même occasion le célèbre proverbe chinois : « Lisez, lisez, et voyagez encore plus ».

Les lauréats des prix Nobel sont connus pour leur longévité. Barry veut en profiter pour lire des livres chinois et voyager en Chine. Bien sûr, il a aussi un objectif à court terme : signer son nom chinois sur les ordonnances pour ses patients chinois.

Impression :

Un « fou de sciences » qui avale des bactéries

C’est certes à corps perdu que Barry apprend le chinois, mais pour les recherches scientifiques, il n’hésite pas à risquer sa vie ! Pour prouver que H. pylori est la cause des gastrites, Barry a avalé une solution contenant une grande quantité de H. pylori afin de contracter un ulcère.

Son souhait fut exaucé. Cinq jours plus tard, les symptômes escomptés étaient au rendez-vous : sueurs froides, difficulté d’alimentation, vomissements, mauvaise haleine… Dix jours plus tard, pendant une fibroscopie, Barry constatait que sa muqueuse stomacale était effectivement infectée de cette « bactérie hélicoïdale » et que des globules blancs, qui avaient réussi à passer à travers l’estomac, étaient en train d’éliminer ces bactéries : raison pour laquelle l’estomac contracte un ulcère. Il était fou de joie à cette découverte et c’est seulement sous l’exhortation de sa femme qu’il a décidé de prendre des antibiotiques.

Selon Barry, sa femme le considère souvent comme un « petit garçon ». Et il accepte cela avec plaisir. Les recherches scientifiques ressemblent beaucoup à un roman policier, dit-il. « Vous voyez la scène du crime, vous devinez ce qu’il s’y est passé, puis vous commencez à trouver des indices, des pièces de puzzle, pour finalement résoudre l’énigme. Si vous avez le caractère d’un petit garçon, vous vous intéresserez à des choses hors du commun ou à faire des choses différentes, au lieu de suivre les chemins tout tracés. »

Texte et photo par She Zheng et Yao Fan

Agent de liaison : Li Jing

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