Guangming Daily : « Pour adopter un discours envers l’étranger, il faut savoir se mettre à la place de l’autre » -- Xu Lin

[Source]    Guangming Daily [Time]    2014-03-18 13:16:34 
 


Le Guangming Daily du 13 mars (capture de la 6e planche)

Force est de le constater, les conceptions chinoises et occidentales sont différentes. Si la pensée chinoise est cyclique, celle d’occident est linéaire. Ainsi, si l’on veut faire changer la vision de l’autre, il est tout d’abord nécessaire de modifier son propre mode de pensée. Chaque fois, il faut se demander pourquoi les étrangers pensent différemment, et pourquoi leur vision nous semble souvent s’écarter d’une connaissance réelle et d’un jugement objectifs. Pour ce faire, il faut savoir se mettre à leur place, passer de l’autre côté du miroir, pour enfin, mieux les aider et encourager à, à leur tour, en faire de même.

Durant 10 ans d’activité, les Instituts Confucius, à l’échelle globale comme régionale, ont été constamment confrontés à cette problématique. N’éludant jamais la question, nous avons sans cesse veillé à éclairer les étrangers sur la Chine en employant leurs propres conceptions et modes d’expression. Cependant, les malentendus avec son interlocuteur sont un phénomène normal car l’autre considère les choses d’après sa propre façon et d’une manière très différente.

Je m’entretiens souvent avec des professeurs d’université et chefs d’établissement étrangers. A chaque fois, les deux parties doivent faire l’effort de se mettre à la place de l’autre. Je place d’abord la situation réelle sous les yeux de mon interlocuteur, puis lui demande : « Si vous étiez chinois, qu’en penseriez-vous ? ». Le taux de persuasion atteint les 100 % de réussite et cette méthode permet de fonder de nombreuses amitiés sincères. Je compte parmi ces amis fidèles Clayton Daniel Mote, président de l’Académie nationale d'ingénierie des Etats-Unis, âgé de plus de 70 ans et membre du conseil d’administration du Siège des Instituts Confucius. C’est lui qui a initié l’ouverture du premier Institut Confucius des Etats-Unis lorsqu’il était président de l’Université du Maryland. J’ai toujours eu des entretiens et échanges francs et cordiaux avec cet ami de 10 ans. Il y a deux jours encore, j’ai reçu un mél de 2000 signes écrit par lui depuis Washington à 2 heures du matin et dans lequel, sa franchise et sa pertinence m’allant droit au cœur, il donnait son avis sur le mode de fonctionnement du bureau de représentation du Siège des Instituts Confucius aux Etats-Unis.

Le mode de réflexion linéaire occidental amène souvent à se poser ce type de questionnements : « La Chine devient puissante, va-t-elle vouloir s’emparer de nos ressources ? nous attaquer ? » Ces soupçons peuvent se comprendre car pour de fort nombreux étrangers, il est difficile de percevoir que ces Chinois qui avaient à peine la natte coupée il y a peu, soient devenus riches en si peu de temps. Ils ne comprennent pas non plus certains éléments fondamentaux de la culture traditionnelle chinoise qui font que les Chinois soient si durs à la peine et la tâche, si diligents et économes, si responsables face au destin national.

Il y a deux jours, un journaliste étranger m’a demandé si la Chine était prête à endosser son rôle de grande puissance tandis que son PIB dépassera dans quelques années celui des Etats-Unis et qu’elle deviendra ainsi la première puissance économique mondiale. Avant de lui donner ma réponse, je lui ai demandé de préciser si ce « rôle de grande puissance » que certains Occidentaux semblent vouloir faire jouer à la Chine, était celui que jouaient actuellement les Etats-Unis. Je lui ai dit alors que le rôle que pourrait jouer la Chine ne saurait y être comparé car jusqu’à ce jour, presque toutes les règles de droit international ont été fixées et décidées dans des langues européennes et dans une logique occidentale. « Accepteriez-vous qu’à notre tour, nous réglions le système mondial en chinois ? La réponse est bien entendue négative. », ai-je précisé avant de lui dire : « Comment pourrait-on jouer ce rôle d’arbitre du monde quand bien même les règles qui le régissent sont les vôtres ? » Je pense que face à ce genre de questions, il est nécessaire d’être franc et direct, et de ne pas faire de circonvolutions car c’est à cette condition seule que la Chine peut être comprise.

Changer l’image des Chinois à l’étranger, améliorer l’image de la Chine, demande du temps. Il ne faut pas être pressé ni aspirer à de rapides succès, mais au contraire faire preuve de persévérance. Nous, les Chinois, lorsque nous dépensons pour nous nourrir et nous vêtir, nous n’en sommes pas désolés, mais lorsque nous dépensons pour diffuser la culture, n’y voyant aucun acquis matériel, nous croyons cet argent perdu. C’est ainsi que, sur la scène internationale des échanges culturels, la Chine s’est réveillée trop tard. Alors, tandis que les Instituts Confucius sont partout bien accueillis, nous devons en hâte nous hisser sur cette scène. Les finances publiques doivent renforcer leur soutien à la diffusion de la culture et la fondation d’événements culturels cultes à l’étranger. (Mme Xu Lin, directrice exécutive du Siège des Instituts Confucius et directrice générale du Hanban)

(propos recueillis par Han Yeting)

 
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